À propos de ce blog
Pour définir ce blog en précisant les contours de cette affaire qu’est “For intérieur : ouvertures à la vie psychique”, le tout premier “post” mérite après quelques semaines d’être de nouveau publié ici. Il présente l’objet de ce travail et traduit à sa manière les limites et les perspectives de cet espace public ouvert par Yagg, et proposé à différents contributeurs et contributrices extérieur(e)s.
1er post du 14 septembre 2009 :
« Allo, docteur ? … C’est La Noiraude ». La Noiraude est une vache, hypocondriaque et solitaire. Elle vit dans une cabane, avec au fond du jardin, son téléphone à cadran. Un petit espace vert couvert de poteaux téléphoniques. Elle a bercé l’enfance de pas mal d’entre vous en 1977, déjà, dans l’émission de télé intitulée « l’île aux enfants », dont tout le monde a entendu parler au sujet de Casimir. Pour les plus jeunes, si vous ne fréquentez pas les Follivores, vous êtes nés avec internet, et vous saurez réduire sans efforts, vos lacunes historiques.

À l’autre bout du fil ? un docteur – son vétérinaire – harcelé par les demandes incessantes de sa patiente, toujours inquiète, parfois étrange.
Allo, docteur ? … C’est La Noiraude.
- Oui… Qu’est-ce qui ne va pas encore, La Noiraude ?
- Je voudrais être une biche.
C’est que La Noiraude se sent mal dans sa peau de vache. Le docteur prête l’oreille, mais sans grande conviction. Les demandes de La Noiraude ne sont pas prises au sérieux, pas entendues. C’est qu’elle voudrait être une biche, pour apparaître dans les contes de fées, et rencontrer un Prince. Elle rêve aussi d’être peinte dans les tableaux de maîtres. Elle ne veut plus poser sur les boîtes de fromage où sont cantonnés les bovidés de son espèce. « Exister par moi-même ! » dit-elle. Le docteur l’écoute comme il peut, mais il se contente de la rappeler à l’ordre : « Pas possible, La Noiraude, revenez à la réalité ». Ah ! La réalité et son fameux principe ! Comme si de le reconnaître suffit à faire taire son drame intérieur en capitulant devant ses états d’âmes et ses rêveries. Il n’entend pas qu’il en va de son désir et de sa vérité subjective. Un conflit intra-psychique gronde en son for intérieur, la somatisation est proche : perte des cornes, lait fermenté, poils piqués, troubles du sommeil, surconsommation de jilgré, irritabilité…
Son cas est pourtant banal ! Au fond, elle rêve d’être aimée, d’avoir une vie bien à elle, de ne plus être enfermée dans son rôle de vache, de prendre des libertés vis-à-vis de son troupeau, de comprendre les liens qu’elle entretient avec le reste du monde quand elle interroge : « Est-ce vrai qu’il faut deux noires pour une blanche ? » : rien que de très commun, mais vous le voyez, la liste est déjà longue.
Autant de questions existentielles largement partagées que j’aborderai sur ce blog consacré à la vie psychique. Pas de modes d’emploi vers le bonheur, ni de dogmes en perspectives. Pas de consultations virtuelles non plus. En revanche des nouvelles questions pour venir prolonger les premières, des commentaires et des pistes de réflexions, pour que chacune et chacun puissent penser, différemment qu’en ruminant, sur ce qui l’anime à l’intérieur.
Suppléments :
1 – Pour vous divertir, trois livres sont consacrés à La Noiraude, aux éditions Stock : La Noiraude, Encore La Noiraude, Pas folle La Noiraude.
2 – Le jilgré est l’autre nom de la Datura Stramonium, une plante hallucinogène puissante, autrefois consommée en Bretagne sous cette appellation, dont l’usage était fortement réglementé par les déterminants de genre et de territoire.
