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Qu’est devenu le coming-out ?

10 janvier, 2010
Ballons à la foire - C. Eyquem

Ballons à la foire - C. Eyquem

Depuis les années Harvey Milk et ce dont tout le monde se souvient aujourd’hui avec le récent film et le documentaire, la déclaration (ou révélation) de son homosexualité par la personne concernée est associée au coming-out. Si la sortie du placard, à l’époque, se fondait d’être un acte politique activiste pour montrer à Monsieur et Madame Tout Le Monde qu’ils en connaissent des « homos », parfois sans le savoir jusqu’au jour de la découverte, les choses ont depuis beaucoup changées.

Pour faire court, il faut se représenter que le coming-out s’est affirmé comme le point nodal du mouvement d’affirmation et de revendication « homosexuelle », en faisant tenir à l’échelle individuelle une micro-révolution à l’image de l’émancipation communautaire globale plus largement débattue à une autre échelle. Nulle doute que le coming-out est rapidement devenu ce par quoi la déclaration et l’affirmation de soi s’est imposé comme la pierre angulaire du devenir gay. Impossible d’envisager qu’une personne homosexuelle puisse bien grandir et bien vivre sa situation sans en passer par le sacro-saint coming-out. Mais qu’en est-il réellement ? Et depuis ?

Il est facile de penser qu’une solution aussi répandue (à priori) ne peut définitivement pas convenir à toutes les situations, et qu’elle soit aidante et nécessaire ne sont par conséquent pas systématiques. On pourrait presque dire que ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir faire un coming-out classique. Le coming-out ordinaire est pensé comme la déclaration de l’homosexualité par la parole, parce que cela doit être dit. Dans biens des cas, les choses sont éminemment plus variées. Selon les environnements de chacun, la famille, les amis, la place de la parole n’est pas toujours un élément facilitant. De nombreuses personnes passent par l’écrit pour renouer parfois avec un échange verbal ou pas. D’autres ne réalisent jamais ce qui pourrait être appelé un coming-out, cela prend d’autres formes, en tenant compte des possibilités et caractéristiques de chacun (culturelles notamment). Elles n’en demeurent pas moins en capacité de bien grandir et bien vivre leurs sexualités. Le modèle du coming-out majoritaire s’étoffe depuis de multiples variations : il n’y a plus de règles.

Reste à savoir sur la base de quels mots le coming-out, aujourd’hui se fait-il ? Si dans les années 80-90, à coup sûr, il n’était ou presque question que d’identité gay, qu’en est-il maintenant ? À bien y regarder, l’émancipation homosexuelle et ce qui s’en est dégagé ensuite ont élargi le champ lexical où les sexualités jusque-là regroupées ont recouvré quelques libertés et indépendances. Le mouvement queer aidant, la liste des mots pour se dire ou s’identifier n’en finit pas de s’agrandir (y compris à tort et à travers).

Ainsi, un coming-out moderne, certains diraient post-gay, peut se fonder de révéler ou déclarer une sexualité objective qui n’a même plus besoin de se qualifier d’une orientation sexuelle précise. C’est-à-dire qu’il est tout à fait courant que le fait d’avoir des partenaires sexuels du même sexe que soi ne soit plus reconnu comme une soi-disant orientation sexuelle. Le champ de la lutte contre le sida avait introduit la dénomination HsH pour les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes et d’englober les différentes façons de se reconnaître comme tel ou tel.

Désormais les coordonnées sexuelles, politiques ou sociales des coming-out semblent bien littéralement explosées. Et dans le même temps, le continuum des préférence sexuelles calqué sur le continuum des genres (autre héritage récent) encourage une confusion nouvelle où les frontières redeviennent moins franches qu’elles ne l’avaient été sur les vingt dernières années.

Tout cela s’entend parfaitement dans ce qui est dit, quand des personnes rencontrent des difficultés pour y retrouver ce qui leur correspond, là où elles se sentent le mieux. Le coming-out à l’ancienne est parfois perçu et décrié comme un truc has-been, incapable de prendre en compte les nouvelles données : les questions de genre, diversités culturelles et ethniques.

Dans ce contexte, les difficultés psychiques ou psychologiques ne s’énoncent pas tout à fait de la même manière, elles s’actualisent, même si au fond, il est plus ou moins toujours question des mêmes enjeux. Alors peut-on encore parler de coming-out quand la sexualité vient poser question dans la reconnaissance affective et sociale de celui ou celle qui la vit ?

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