Reconnaissance virtuelle et commentaires

Collage de buvards de LSD
Le développement des réseaux sociaux et des espaces de “communication participative” sur la toile ne cesse pas de nous éblouir. A de nouvelles technologies suivent de nouveaux comportements. Actuellement, certains ne se privent pas de moquer la consistance et l’intérêt de tels réseaux tant il en va selon leurs analyses d’une vaste fumisterie relationnelle, où sont portées très haut les théories de la “communication” pour le meilleur et surtout pour le pire : le virtuel en concurrence du réel. On relève aisément en surfant ici et là, quelques traits, communs à l’ensemble des sites : blogs, actualités, forum communautaire, réseau social. Il semble que la dite communication se limite le plus souvent à un art nouveau du commentaire qui se définit peu à peu. Il se caractérise notamment par une qualité principale : la plainte (sous toutes ses formes : colère, réclamation, dire la vérité, … ). C’est qu’il y a aussi beaucoup de confusion quand des espaces comme ceux réservés aux commentaires sont pris pour des promesses d’échange offrant l’accès à des réponses ou à un dialogue. Peut-être ceci révèle-t-il autre chose ?
L’envie de répondre à un article, de commenter sur un forum, de dire un morceau d’avis ou une colère dans un mouvement plutôt rapide prennent le pas sur la réflexion telle que nous avons l’habitude de la mener comme par exemple dans un dialogue ou un débat réels. L’air de rien, “l’espace virtuel de communication” offre de squeezer certaines modalités d’élaboration de la pensée et de son échange en distordant l’espace et le temps. La réponse peut-être immédiate, et apparaître ici, là, tout de suite ! Autant dire que la toute puissance de chacun est largement flattée, certains n’y résistent pas, c’est pulsionnel, ça se régale !
Cette alliance réel-virtuel a tendance à effacer une part de l’existence palpable et socialement incarnée de l’internaute en vadrouille : il participe, il se fait représenter par ses interventions mais il n’y est pas. Cette mise en berne partielle se fait au profit de ce prolongement de soi au-delà de l’écran, vers un “espace virtuel social”. Plus l’alliance est grande, plus la tension de cet amalgame est forte. L’adhésion de l’utilisateur ou de l’utilisatrice est à la hauteur de ce qui est engagé de son existence sociale, rien de moins. C’est de cette façon que l’on peut comprendre la vivacité et parfois la violence des propos qui en émergent. La réaction est d’autant plus forte que l’utilisateur aspire à une reconnaissance de son propos, exigeant parfois qu’on lui réponde. Les coups de théâtre sont réguliers, les débordements obligent à l’élaboration de charte de bonnes conduites, les usages courants du dialogue réel ne semblent pas tenir : c’est bien qu’il s’agit d’autre chose.
Aujourd’hui, il est clair que les commentaires sont parfois ce qui est le plus lu d’un article. Chacun peut le vérifier d’ailleurs en se prêtant à l’expérience. Chacun a déjà aussi sans doute éprouvé l’envie très forte de répondre à une réponse qui n’est pas même un quelqu’un. Et d’y succomber trop vite. On dit aussi que celles et ceux qui nourrissent ces espaces dits “contributifs” sont une poignée de personnes, une minorité. Quel serait donc le portrait psychologique du commentateur et de la commentatrice de compétition comme on en croise parfois quelques spécimens ici et là ? Comment étudier également l’intensité et l’éphémère des “buzzs” : si forts, si rapides … jouissances express !
Ainsi, l’accumulation des avis est possible, chacun peut déposer sa petite affaire, laisser une trace comme si de la virtualité le risque de l’effacement pouvait en être réduit. La mise en réseau est démultipliée à l’infini ; parfois une solidarité réelle apparaît pour quelques réalisations concrètes, heureuses. Mais pour l’essentiel, l’engagement responsable est relativisé de fait. Ce qui permet à presque n’importe qui d’être virtuellement investi de telle ou telle cause humanitaire ou politique comme on le voit sur Facebook, de “s’engager” pour presque n’importe quoi.
Qui pourrait aujourd’hui raisonnablement proposer un site d’information sur internet sans offrir l’accès aux commentaires ? Il y a fort à parier que cela serait mal vu, voire boudé. Pourtant, je suis certain que les auteurs n’en seraient pas déprimés pour autant. Ils et elles lisent les commentaires. Non sans règles personnelles comme de ne jamais y répondre. Tantôt pour ne pas engager un dialogue dont on sait à l’avance qu’il ne peut pas se faire ici dans de bonnes conditions, parfois par faux semblants, jamais sans intérêts.

du coup, personne n’a osé commenté! j’ai beaucoup de plaisir à te lire, merci.
Merci pour cet article et Bonne année à toutes et à tous !
Je suis d ‘ accord avec Jul Mr. Bourseul !
)…J ‘ espère du reste que vous n ‘ avez rien contre les smilies ! LOL !
Vous démontrez ici que dans l ‘ art du sophisme – et donc d ‘ une certaine forme de superficialité , mais remarquablement dissimulée – vous êtes un champion !
Vous prétendez condamner des comportements ….que vous ” incarnez ” – sic – de façon caricaturale ! On peut difficilement faire mieux que vous dans ce domaine !
Vous avez raison sur un point cependant : il est des fois où le dialogue est impossible . C ‘ est ce qu ‘ a affirmé Joëlle Proust – mais en toute franchise , SANS DETOURS , elle , contrairement à vous dont la spécialité consiste à noyer le poisson dans l ‘ eau – en évoquant les relations ” tendues ” – sic ( encore ! lol ! )entre tenants d ‘ une approche scientifique et OBJECTIVANTE ( n ‘ est-ce pas ce qui définit pourtant les conditions du dialogue telles qu ‘ elles sont admises depuis presque 4 siècle maintenant ) et …..psychanalystes . Certains ( la majorité en fait ) d ‘ entre eux en tout cas .
Joëlle Proust ….Vous avez sûrement entendu parler d ‘ elle Mr. Bourseul ….Cette philosophe ( analytique ) qui ne rate pas une occasion lorsqu ‘ il s ‘ agit de mettre en pièces les thèses de la psychanalyse …..C ‘ est sûr , il vaut mieux éviter de lui répondre tant vous êtes en panne d ‘ arguments LOGIQUES pour la contrer .
En bons champions de la communication , vous et vos collègues pratiquez l ‘ ESQUIVE et ……LA SURENCHERE ! Et ne dites pas le contraire sauf à prendre les gens pour des imbéciles ( une autre de vos habitudes ceci dit ) …Car si votre ” art de l ‘ esquive ” passe souvent inaperçu aux yeux des néophytes ….Votre propension à la SURENCHERE est un fait connu de tous , à tel point qu ‘ elle a inspiré de nombreux caricaturistes comiques ….
Sur ce …Bonne année Mr. Bourseul ( vous apprécierez mes capacités d ‘ imiotation …;-))
“chacun peut déposer sa petite affaire”. J’adore votre façon de dire “crotte”, Monsieur Bourseul, je l’adopte. Et j’ai déposé ma petite affaire.
“il est clair que les commentaires sont parfois ce qui est le plus lu d’un article”
Hum, tout dépend en fait de l’intérêt de l’article ou pas. Les commentaires viennent souvent du questions, ou interprétation, auxquels l’article ne répond pas. L’article reste tout de même roi et l’auteur de l’article acquiert une position dominante dans le fil de la discussion, car c’est par rapport à lui qu’on réagit.
La participation ne remet pas en cause à mon sens l’information. Il suffit d’un peu d’argumentation et de cadrage pour la maîtriser.
” La participation ne remet pas en cause à mon sens l ‘ information . Il suffit d ‘ un peu d ‘ argumentation et de cadrage pour la maîtriser . ”
Tout-à-fait d ‘ accord avec Antoine ….ARGUMENTATION ET CADRAGE Mr. Bourseul ! Deux mots clés !
Amusant.
Ce qui est certain, c’est qu’il y a aujourd’hui un fort parallèle entre l’utilisation des réseaux sociaux et la pauvreté de la vie relationnelle, ou au contraire sa richesse.
J’aimerais cependant rappeler ici l’effet extraordinaire et l’aide magnifique que peuvent apporter ces applications diverses pour toutes les personnes éloignées de la vie sociale, (handicapés, prisonniers, ruraux), l’aide qu’offre la mise en commun de données (malgré les risques ou les dérives, et le développement de l’entraide, de la connaissance et du partage renouvelé à la sauce 2.0.
Alors effectivement je dépose ici mon commentaire personnel et engagé.
Mais nous en sommes encore aux balbutiements d’un monde nouveau, la recherche d’une nouvelle frontière.
Chacun peut déposer sa petite affaire dites vous? Car bien sur vous ne le faites pas vous même ?