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L’orientation sexuelle, ça n’a pas de sens

20 décembre, 2009
Jardin Majorelle

Jardin Majorelle

Beaucoup aimerait y croire, à l’orientation sexuelle comme à une donnée stable, comme à une direction. Ils et elles ne s’en privent d’ailleurs pas. Il n’y a qu’à voir et à entendre de quelles façons ce qui s’en dit s’attache à respecter une conception géographique du désir, comme une carte routière où des routes s’y laisseraient lire pour guider la progression des uns et des autres dans leurs voyages. C’est qu’il faut bien – dit-on – s’y repérer, dans le paysage sexuel ordinaire. Comme si faire fausse route était comme pour la gorge un risque d’étouffement, un accident fâcheux à éviter par tous les moyens. Ainsi les « orientations sexuelles » auraient pour fonction de dire la direction du désir en termes de choix d’objet sexuel pour parler « psy ». Une orientation sexuelle connue ou repérée permettrait d’éviter les quiproquos, et garantirait au plus grand nombre de se faciliter la tâche dans son effort de quête de partenaire. C’est qu’on en voudrait presque, que cela soit : efficace.

« Homo », « bi » ou « hétéro » sont des façons communément admises de nommer des « orientations » qui tentent, maladroitement, de répondre à cet irrépressible besoin de repérages, de gages. Cet impérieux besoin de classement, de facilitateur peut faire penser à la célèbre « DdS » (Différences des sexes). L’analogie entre les deux est aisée. « L’orientation sexuelle » – tout comme « la différence des sexes » – ne pré-existe pas aux sexes dont elles semblent et prétendent toutes deux établir le rapport. Nous pouvons dire « semble » parce que l’opération est vouée – fondamentalement – à l’échec. Et là-dessus il ne suffit pas de citer Lacan et son fameux « il n’y a pas de rapport sexuel » (sorti de son contexte, cela ne veut rien dire ou presque), sans préciser que ce semblant de rapport repose sur une sorte d’impossible à atteindre – que tout le monde rencontre dans l’existence – dans ce qui est espéré, rêvé ou vécu d’une rencontre, d’une fusion, d’une réunion de « deux moitiés » : le plus souvent, comme dirait l’autre, ça bafouille. Il ne faut pas en être trop attristé, car, que cela rate garanti la durée ou la répétition de l’expérience.

En pensant au discours amoureux, il faut se souvenir que parfois, peut-être toujours, le choix du partenaire s’opère sur la plus insensée des caractéristiques. On tombe davantage amoureux de l’emplacement du grain de beauté, que de celui ou celle qui le porte. Le désir se tend sur l’invisible ou l’inconnue petite différence, petite qualité que l’autre veut bien offrir sans le savoir la plupart du temps, et dont il vaut mieux sans doute qu’il n’en sache pas grand chose. Alors bien sûr, un garçon qui préfère les garçons ou une fille qui préfère les filles vont l’un et l’autre comme un garçon qui préfère les filles se laisser porter par leurs désirs qu’il veulent bien classer pour le confort général comme « homo » ou « hétéro » ou « bi ».

Pataras.Voilà que des catégories « socio-je ne sais quoi » entrent en jeu qui font concurrence au grain de beauté. Certains veulent penser que ces attirances sont des données « de base », une sorte de programme d’orientation sexuelle fondamental (acquis ou inné selon les tendances). Cela est sans doute rassurant pour bon nombre de celles et ceux qui s’organisent autour d’un dénominateur commun comme la soi-disant « orientation sexuelle » qui n’existe qu’à être dite, pas plus. Car si le grain de beauté n’y est pas, il n’y a pas que le rapport qui risque de rater, c’est que la désorientation sexuelle est dans ce cas, garantie.

Alors si l’orientation sexuelle n’a pas de sens, cela ne veut pas dire pour autant que le désir et ces affaires d’attirance se distribuent au gré du vent dans tous les sens. Non. C’est que ces directions, jamais communes, toujours singulières, s’animent et se nourrissent d’un motif plus complexe et plus varié que de simplement vouloir y reconnaître un partenaire de « même sexe » ou un partenaire de « l’autre sexe » dont on sait pourtant qu’il n’est jamais le même, toujours différent. Le grain de beauté trouve ses raisons dans une dentelle plus subtile et plus difficile à saisir que ces catégories grossières dont nous venons de parler. Le grain de beauté échappe au classement, et pourtant il décide, malgré lui, sans raisons apparentes, du sort réservé à l’élection de l’autre ou de sa reconnaissance comme partenaire possible, de la façon la plus insensée qui soit, car lui non plus n’en a pas.

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Un commentaire sur “L’orientation sexuelle, ça n’a pas de sens”

  1. personnellement, je me définis comme homo car je n’ai de désirs sexuels qu’envers les hommes et ne peut tomber amoureux que d’un homme… si aujourd’hui je suis amoureux de ma compagne trans, c’est d’abord parce que je suis tombé amoureux d’elle avant sa transition, et ne peux pas pour autant tomber amoureux d’une autre femme ; donc, en ce qui me concerne, “orientation sexuelle” a un sens, et la mienne est homosexuelle

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